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Une séparation progressive du poulain et de sa mère atténue les effets négatifs du sevrage

Une séparation progressive lors du sevrage, où l’éleveur habitue quotidiennement les jeunes à être séparés de leur mère par une barrière à claire-voie rend les poulains moins stressés à court terme, moins peureux, moins grégaires et plus curieux à long terme.

Poulains séparés progressivement de leur mère dans un enclos avec barrière à claire-voie. © Laeticia Marnay, Laeticia Marnay IFCE
Par Sylvie André
Mis à jour le 14/03/2019
Publié le 14/03/2019

Comparé au sevrage chez les chevaux vivant en environnement naturel, le sevrage effectué en élevage est plus précoce, et engendre une séparation soudaine et définitive du jeune et de sa mère. Il provoque un stress important, avec des conséquences négatives sur la physiologie et le comportement des deux protagonistes. Chez les chevaux, le sevrage naturel a lieu vers 11-12 mois après la naissance et le jeune reste en contact avec sa mère jusqu’à sa maturité sexuelle. En élevage, le sevrage a habituellement lieu entre 4 et 6 mois après la naissance et la séparation d'avec sa mère est alors définitive. Pour limiter le stress que provoque la séparation soudaine et définitive, certains éleveurs réalisent un « sevrage progressif » pendant lequel ils habituent quotidiennement les jeunes à se séparer des mères derrière une barrière à claire-voie. Lorsqu’elle est réalisée dans des conditions appropriées, le bien-fondé de cette méthode progressive a été montré chez les bovins : elle réduit les vocalisations et l’activité locomotrice et favorise le repos et l’alimentation.

L’objectif de cette étude était de mettre en évidence les mécanismes physiologiques et comportementaux en jeu au cours du sevrage dans l’espèce équine en comparant les deux modalités évoquées précédemment (séparation soudaine ou progressive). Les chercheurs de l’UMR Physiologie de la Reproduction et des Comportements (PRC) et de  l’Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) ont réparti en 2 lots des juments et leurs poulains âgés de 6 à 7 mois. Ils étaient logés par 4 (2 mères et leur poulain) dans des boxes avec paddock attenant.

Dans le lot « progressif » (n = 18 couples), les poulains ont été séparés chaque jour de leur mère à l’aide d’une barrière à claire voie, pendant le mois précédant la séparation définitive. La durée de séparation a augmenté petit à petit, variant de 15 minutes le premier jour à 6 h la veille de la séparation définitive.
Dans le lot témoin (n=16 couples), les poulains sont restés en permanence avec leur mère jusqu’à la séparation définitive, laquelle a eu lieu en même temps dans le lot «  progressif ».
La transition alimentaire a été mise en place simultanément dans les deux lots : les poulains ont tous reçu du foin et des céréales à partir du début des séparations dans le lot « progressif ».

Du point de vue comportemental, les séparations quotidiennes par les barrières n’ont induit que de faibles perturbations du comportement du lot  « progressif » par rapport au lot témoin chez les poulains (seulement 2 hennissements/heure contre 0 dans le lot témoin) et chez les mères (0,4 hennissements/heure contre 0).
Le jour de la séparation définitive, les poulains du lot « progressif » ont montré moins de signes comportementaux de stress à court terme que ceux du lot témoin : 3 fois moins de trots (10 contre 35 trots/heure/poulain) et 2 fois moins de hennissements (respectivement 15 contre 30 hennissements /heure/poulain). Du point de vue du tempérament, ils étaient moins peureux, moins grégaires et plus curieux et ce, 2 jours et 90 jours après le sevrage définitif.
Pour les mères, le seul impact significatif observé sur le comportement le jour séparation définitive est une moindre fréquence des postures de repos du lot témoin.

Du point de vue physiologique,les résultats des analyses biologiques permettant de mesurer le stress vont également dans le sens d’un stress moindre des poulains du lot « progressif » au moins jusqu’à 30 jours après la séparation définitive. En effet, leurs taux de cortisol* salivaire sont plus faibles, tandis que leurs télomères** sont plus longs. Enfin, l’expression de 22 gènes est discriminante entre les deux lots. Huit de ces gènes sont impliqués dans le fonctionnement des membranes mitochondriales qui conditionnent le métabolisme lipidique. Ils sont sous-exprimés chez les poulains du lot témoin.  Le métabolisme lipidique pourrait donc être altéré en cas de séparation soudaine.
Les juments du lot « progressif » ont présenté un taux de cortisol moins élevé au moment du sevrage définitif, signant donc un stress moindre. De plus, leurs télomères étaient plus grands 90 jours après le sevrage qu’avant le sevrage, ce qui témoignerait d’une meilleure récupération post-lactation.

Le sevrage avec séparation progressive derrière une barrière à claire-voie est donc recommandé par rapport au sevrage  avec séparation soudaine, car il permet de diminuer le stress lié au sevrage, à la fois chez le poulain et sa mère.

* Le cortisol est une hormone stéroïde dont la production s’élève avec le stress.

**Le télomère est l'extrémité d'un chromosome dans une cellule eucaryote. Il ne code pas pour une information précise mais intervient dans la stabilité du chromosome et dans les processus de vieillissement cellulaire. Les télomères servent à protéger les chromosomes et participent à l'intégrité du patrimoine génétique.   Les télomères raccourcissent avec l’âge, l’inflammation et le stress.

Références

Lansade L, Foury A, Reigner F, Vidament M, Guettier E, Bouvet G, Soulet D, Parias C, Ruet A, Mach N, Levy F, Moisan M.P. Progressive habituation to separation alleviates the negative effects of weaning in the mother and foal. Psychoneuroendocrinology. 2018;97:59-68.

Cette étude est financée par l’IFCE