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Supplémentation de l'aliment en sélénium : bénéfique pour les truites génitrices et leur progéniture

La supplémentation en sélénium des régimes à base d’ingrédients végétaux améliore la proportion de femelles qui pondent, voire avance la date de ponte dans le cas d'une supplémentation en sélénium organique. D’autre part, cela induit chez leurs alevins, une augmentation de certaines enzymes et vitamines antioxydantes (E et C).

Alevin de truite en résorption.. © Inra, MARIE Didier
Par Sylvie André
Mis à jour le 17/10/2019
Publié le 16/10/2019

Pour faire face à la limitation des stocks d’huiles et farines issues de la transformation des poissons pélagiques pour l’alimentation des poissons d’élevage, les scientifiques explorent à la fois le potentiel de matières premières alternatives et les possibilités d'adaptation des poissons à des aliments dépourvus de matières premières marines.
Des nutritionnistes de l’unité mixte de recherche Nutrition, Métabolisme, Aquaculture (NuMéA) de Saint-Pée-sur-Nivelle travaillent depuis plusieurs années à l’optimisation de formules alimentaires à base d'ingrédients végétaux, adaptées aux poissons. Un des verrous principaux de ces formules est que certains nutriments peuvent faire défaut dans les aliments végétaux et nécessiter une supplémentation.

Le sélénium, un oligo-élément antioxydant essentiel

Le sélénium (Se) est connu pour son rôle sur la reproduction, la croissance ou la santé des géniteurs, mais également pour ses effets sur la progéniture, comme cela a été montré chez les volailles et certaines espèces de poisson (poisson zèbre, truite fario).
Le sélénium est un oligo-élément ayant des propriétés  antioxydantes. Il intervient dans la défense contre les radicaux libres par sa présence dans plusieurs enzymes dont la glutathion peroxydase et la thioredoxine réductase qui participent à la régénération de la vitamine C et d'autres antioxydants. Les formes organiques de sélénium telles que la sélénométhionine sont mieux absorbées par l’organisme que les formes inorganiques (sélénite de sodium, par exemple).
Alors que les aliments à base de farine de poisson contiennent naturellement des quantités importantes de sélénium couvrant les besoins nutritionnels des poissons d’élevage, les régimes à base de végétaux ont généralement des teneurs en Se plus faibles et variables, souvent insuffisantes pour couvrir les besoins en Se chez les poissons (estimés entre 0,15 et 0,70 mg/kg d’aliment, en fonction de l'espèce, du stade de développement et de la biodisponibilité de la forme Se). Afin d’améliorer l’efficacité des régimes à base de végétaux, les chercheurs de NuMéA ont étudié, chez des truites arc-en-ciel reproductrices, les effets de la supplémentation d’un régime 100 % végétal avec différentes formes de Se, sur les performances de reproduction, le transfert parental du Se et le métabolisme antioxydant de la progéniture avant la première alimentation.
Trois groupes de 40 truites arc-en-ciel reproductrices (25 femelles et 15 mâles) ont reçu chacun un régime alimentaire différencié pendant 6 mois avant la ponte :
i) un aliment sans supplément de Se (témoin, taux de Se basal: 0,3 ppm)
ii) le même aliment supplémenté avec 0,3 ppm de Se sous forme de sélénite de sodium (SS, forme inorganique)
iii) le même aliment supplémenté avec 0,3 ppm de Se sous forme d’hydroxysélénométhionine (SO, forme organique).
Dans les deux régimes supplémentés, la concentration de Se ciblée était donc de 0,6 mg Se/kg, ce qui reste inférieur aux concentrations généralement présentes dans les régimes à base de farine de poisson, mais couvre les besoins. Les analyses biochimiques des aliments ont révélé une teneur finale en Se alimentaire de 0,8 mg Se/kg dans le régime SS et de 0,7 mg Se/kg dans le régime SO.

Dans les deux lots supplémentés, le nombre total de femelles ayant pondu ont été significativement plus élevé que dans le lot témoin, avec respectivement 84, 96 et 68 % dans les lots SS, SO et témoin. En outre, Les femelles du lot SO ont commencé à pondre plus tôt que celles des deux autres lots (21 jours en moyenne).
Les concentrations en Se total étaient significativement plus élevées dans le muscle des femelles du lot SO (+ 41 % en moyenne).

Un effet transgénérationnel

La teneur totale en Se des alevins avant la première alimentation était la plus faible pour ceux issus des géniteurs du lot témoin (124 µg/kg), suivie par ceux du lot SS (173 µg/kg) et la plus élevée pour ceux du lot SO (261 µg/kg). Cette différence de concentration a également été observée  dans les ovocytes alors que les concentrations de Se dans la semence des mâles des trois lots n'étaient pas significativement différentes.
Il n'y a eu aucun effet sur la glutathion peroxydase (GPX) ou une autre enzyme antioxydante dans le foie de géniteurs femelles. En revanche chez les alevins issus des deux groupes de femelles dont le régime était supplémenté en Se, l'activité de la GPX était significativement augmentée l'activité la plus élevée étant observée pour les descendants des femelles du groupe SO.
La supplémentation en Se organique (SO) de l'alimentation parentale a conduit à une importante augmentation des taux d'α-tocophérol et de vitamine C chez la progéniture (respectivement + 36 et 28 %).

Les résultats montrent pour la première fois chez la truite arc-en-ciel, un transfert parental de Se à la progéniture avec une meilleure biodisponibilité du Se organique.
Les travaux se poursuivront sur des stades ultérieurs de développement de la progéniture (juvéniles), afin de vérifier si les effets parentaux persistent après le début de l’alimentation exogène de la progéniture et s’ils peuvent être modifiés par une supplémentation en Se de l’aliment des juvéniles.

Références

Wischhusen, P.; Parailloux, M.; Geraert, P.A.; Briens, M.; Bueno, M.; Mounicou, S.; Bouyssiere, B.; Prabhu, P.A.J.; Kaushik, S.J.; Fauconneau, B.; Fontagne-Dicharry, S., 2019. Effect of dietary selenium in rainbow trout (Oncorhynchus mykiss) broodstock on antioxidant status, its parental transfer and oxidative status in the progeny. Aquaculture, 507 (O, 2005, ISO, 5983-1:2005): 126-138. http://dx.doi.org/10.1016/j.aquaculture.2019.04.006