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Préférences et aversions alimentaires : le porc proche de l’homme

Cette étude montre les importantes similitudes des réponses cérébrales du porc et de l’Homme à la modulation hédonique de la prise alimentaire et ouvre la voie à une meilleure connaissance des processus à l’origine des préférences ou aversions exacerbées rencontrées lors des phases de transitions alimentaires chez le porc mais également chez l’homme.

Visualisation 3D d'un  CERVEAU  de  PORC  realisee sur la plateforme d' IMAGERIE  medicale du SENAH de Rennes.. © © INRA, RUELLE Chantal
Par Sylvie André
Mis à jour le 26/06/2014
Publié le 18/12/2013

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La flaveur perçue durant la consommation d’aliment est le résultat de la combinaison du goût et de l’odeur. Toutes les espèces animales ont la possibilité de percevoir les flaveurs et de leur associer des valeurs hédoniques différentes, allant de la préférence à l’aversion. Les mécanismes cérébraux et comportementaux à l’origine de ces associations se mettent en place par une forme de conditionnement, y compris chez les humains, mais diffèrent selon l’espèce. Les rongeurs n’étant pas un modèle suffisamment proche de l’homme du point de vue de ces mécanismes et l’expérimentation sur les primates étant onéreuse et limitée, le porc pourrait constituer un modèle intéressant pour les études sur les troubles alimentaires humains. Les porcs présentent en effet beaucoup de similarités avec l’homme en termes de physiologie, anatomie, neurologie (perception sensorielle) et comportement (capacité d’apprentissage et de mémorisation).

 L’objectif de ce travail était d’observer les réponses comportementales et cérébrales de porcs juvéniles soumis à des flaveurs aux valeurs hédoniques contrastées, de vérifier l’acquisition à long terme du conditionnement et d’évaluer par imagerie cérébrale les structures cérébrales mises en jeu durant l’exposition aux flaveurs. Douze jeunes femelles de trente kilos ont été nourries avec un aliment aromatisé aux huiles essentielles soit de thym, soit d’orange soit de cannelle. Simultanément à ces aliments aromatisés, les truies recevaient par un cathéter duodénal une solution soit de chlorure de lithium (LiCl, substance émétique), soit de glucose (Glu, substance calorique) soit de Chlorure de sodium (NaCl, solution contrôle), protocole aboutissant donc à 9 conditionnements différents. Quatre sessions de conditionnement de 3 jours chacune ont été réalisées. Juste après le conditionnement puis un mois plus tard, les truies ont été soumises à des tests alimentaires à deux choix et leur comportement a été analysé. Entre les deux tests de choix, sous anesthésie générale, elles ont subi un protocole d’imagerie cérébrale sous stimulation olfacto-gustative avec les huiles essentielles choisies comme flaveurs.

Durant le conditionnement, les porcs qui ont reçu du LiCl, quelle que soit la flaveur associée, passent plus de temps couchés et immobiles, et explorent moins leur environnement que ceux ayant reçu NaCl ou Glu. Durant les tests de choix, la flaveur associée à Nacl et Glu (FNacl et FGlu) est préférée à celle associée à LiCl (FLiCl). Etonnamment, l’aliment FNaCl est préféré à l’aliment FGlu durant le premier test de choix uniquement, suggérant que si LiCl conduit à une aversion forte, Glu n’induit pas une réelle préférence. L’exposition aux flaveurs aversives ou peu appréciées déclenche une désactivation du cortex préfrontal, une activation du cortex cingulaire postérieur ainsi qu’une réponse asymétrique dans les noyaux gris centraux et le gyrus temporal.

 Cette étude montre pour la première fois les importantes similitudes des réponses cérébrales du porc et de l’Homme à la modulation hédonique de la prise alimentaire. Ces résultats ouvrent la voie à une meilleure connaissance des processus à l’origine des préférences ou aversions exacerbées rencontrées lors des phases de transitions alimentaires chez le porc mais également chez l’homme : problèmes d’obésité et autres désordres alimentaires comme ceux liés à des traitements médicaux (chimiothérapies) ou à l’âge (sous-nutrition des personnes âgées).

 

 Pour plus d’informations, veuillez contacter :

 M-C MEUNIER-SALAÜN

Inra – UMR PEGASE

35590 SAINT-GILLES

Tél : 02 23 48 50 57

Fax : 02 23 48 50 80

Marie-Christine.Salaun@rennes.inra.fr

SOURCE :Source : Clouard C, Jouhanneau M, Meunier-Salaün M C, Malbert C H, Val-Laillet D, 2012. Exposures to conditioned flavours with different hedonic values induce contrasted behavioural and brain responses in pigs. PLoS ONE 7, e37968

Clouard C, Meunier-Salaün M.C, Val-Laillet D. 2012. Food preferences and aversions in human health and nutrition: How can pigs help the biomedical research? Animal 6, 118-136