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La caille sans microbiote intestinal est moins émotive

Le microbiote d’un individu est constitué de l’ensemble des micro-organismes qu’il héberge. La comparaison entre cailles nées sans microbiote intestinal et dont le tube digestif a été colonisé ou non à l’âge de deux jours avec un microbiote provenant d’individus de la même lignée génétique montre que la réactivité émotionnelle est moindre en l’absence de microbiote intestinal.

Cailleteaux. © Inra, C. Leterrier
Par Sylvie André
Mis à jour le 19/12/2018
Publié le 19/12/2018

Le rôle du microbiote intestinal est maintenant démontré dans de nombreuses fonctions physiologiques de l’hôte. Ce microbiote peut communiquer de manière directe ou indirecte avec le système nerveux central de son hôte, influencer son développement et par conséquent ses réponses comportementales. Ces interactions sont regroupées sous le terme d’axe microbiote-intestin-cerveau.

Étude de l’axe microbiote–intestin-cerveau chez les oiseaux

L’objectif de ce travail était de tester l’hypothèse selon laquelle le microbiote intestinal a une influence sur les réponses comportementales des oiseaux, plus précisément sur leur réactivité émotionnelle, c’est-à-dire la propension à exprimer des comportements émotionnels. La prise en compte d’un lien entre microbiote intestinal et cerveau pourrait permettre de trouver des pistes pour lutter contre les comportements délétères et certains états de stress observés dans les élevages de volailles.

Le comportement émotionnel de cailles nées sans microbiote et dont le tube digestif a été colonisé à l’âge de deux jours avec un microbiote provenant de l’intestin d’individus de la même lignée génétique a été comparé à celui de cailles restées sans microbiote.

Dès l’éclosion, trente-six cailles de chacun des deux groupes ont été élevées dans des isolateurs stériles. Deux jours après l’éclosion, un des deux groupes a été mis au contact de fientes de femelles adultes déposées dans l'eau de boisson et la nourriture. Toutes les cailles ont été pesées individuellement à J2, J6, J14. À partir de J8, la réactivité émotionnelle a été évaluée dans chaque groupe au moyen de plusieurs tests comportementaux classiques : test d’immobilité tonique, test de séparation sociale et test de l’objet nouveau.

Les cailles sans microbiote ont montré une réactivité émotionnelle nettement moindre que les autres, en passant moins de temps en immobilité tonique (242 s ± 31 contre 331 s ± 32, p ≤ 0,05), en parcourant une distance plus courte (3 897 cm ± 242 contre 4 827 cm ± 278, p ≤ 0,05) au cours du test de séparation sociale et en passant plus de temps à proximité d'un objet nouveau (33,7 s ± 6,4 vs 18,5 s ± 4,1, p ≤ 0,05).

Aucune différence de croissance n'a été trouvée entre les 2 groupes.

Moins émotive sans microbiote

Ce travail a permis de mettre en évidence, pour la première fois, l’influence de l’absence de microbiote intestinal sur le comportement chez l’oiseau. Il suggère que le microbiote intestinal module les comportements émotionnels puisqu’en son absence la réactivité émotionnelle est diminuée.

Les mécanismes qui régissent cette modulation doivent maintenant être explicités, ainsi que les conséquences sur un ensemble élargi de comportements, ou encore sur la mémoire.

En élevage aviaire, les oiseaux sont exposés à de nombreux facteurs de stress tels que le stress thermique, le manque d’espace, le stress du transport, etc. Le microbiote intestinal semble être une cible potentielle, modulable pour lutter contre les augmentations de réactivité émotionnelle induites par ces conditions d’élevage. Prendre en compte ce concept d’axe microbiote-intestin-cerveau permettrait d’améliorer le bien-être des animaux en agissant sur le microbiote intestinal par des leviers nutritionnels et génétiques.

Par ailleurs, l’existence d’un axe microbiote-intestin-cerveau chez l’oiseau pose de nombreuses questions déjà rencontrées chez les mammifères : quelle est son influence sur d’autres comportements ? Existe-t-il une co-évolution du microbiote intestinal et de son hôte ? Quels sont les facteurs génétiques qui influencent le portage de ce microbiote intestinal ?

Pour répondre à ces questions, il conviendra d’investiguer les mécanismes d’action qui régulent cet axe et qui n’ont pas pu être élucidés durant cette étude. D’ores et déjà, des études en cours avec des cailles montrent que le microbiote intestinal a un rôle crucial dans les mécanismes de stress chronique.

Références

Kraimi N., Calandreau L., Biesse M., Rabot S., Guitton E., Velge P., Leterrier C., 2018. Absence of Gut Microbiota Reduces Emotional Reactivity in Japanese Quails (Coturnix japonica). Frontiers in Physiology 9, 1-9.
https://doi.org/10.3389/fphys.2018.00603