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L'enrichissement des conditions d’élevage réduit les effets délétères d’un stress prénatal chez l’agneau

Une expérience stressante pendant la gestation des brebis rend leurs agneaux plus craintifs et pessimistes. L’enrichissement de l’environnement précoce d’élevage en offrant l’accès à des brosses et en signalant systématiquement la distribution alimentaire, peut corriger ces effets délétères du stress prénatal.

Agneaux à la ferme de Villarceaux, Vexin français (95710 Chaussy). © © INRA, MOLLIER Pascale
Par Sylvie André
Mis à jour le 13/04/2015
Publié le 08/04/2015

Les brebis gestantes sont souvent exposées à des perturbations (transport, manipulations, isolement sanitaire…), dont la répétition peut conduire à un stress chronique, y compris chez les agneaux. Les conséquences délétères d’un stress prénatal sur la maturation fœtale et par la suite le développement émotionnel et neurobiologique des jeunes ont été principalement étudiées chez les rongeurs. La maturation nerveuse se produit principalement après la naissance chez les rongeurs, alors que les jeunes mammifères d’élevage sont relativement matures à la naissance. Chez ces derniers, les fœtus sont donc a priori plus sensibles aux conditions prénatales et les effets délétères d’un stress prénatal pourraient être encore plus marqués chez les animaux d’élevage.

Le projet ANR PsySheep (2012-14) visait à caractériser les effets comportementaux et neurobiologiques d’un stress prénatal suivi ou non d’un enrichissement de l’environnement durant la période post-sevrage chez les ovins. Les ovins sont considérés à la fois comme espèce cible et espèce modèle pour les autres animaux d’élevage. Plus précisément, l’objectif du projet était i) d’étudier les conséquences d’un stress subi par des brebis durant leur gestation sur leur réactivité à la mise-bas et sur celle de leurs agneaux, ii) de rechercher si la sévérité des effets dépend du tempérament des brebis, et iii) d’explorer dans quelles conditions un enrichissement des conditions d’élevage des agneaux peut corriger les effets délétères du stress prénatal.

Des brebis ont été au préalable sélectionnées selon leur tempérament : réactif versus calme. Pendant les deux derniers mois de gestation, ces brebis ont été soumises ou non à un traitement stressant (séparations sociales, changements de parc, bruits, manipulations…). A l’agnelage, le comportement des brebis et des agneaux a été étudié. Une fois sevrés, les agneaux ont été élevés dans un environnement soit standard soit enrichi (mise à disposition de brosses et distribution alimentaire systématiquement signalée). Leur comportement a été de nouveau étudié à l’âge de 4 mois. Des agneaux ont été sacrifiés à la naissance ou à 4 mois pour réaliser une analyse histologique de la morphologie cérébrale.

Des effets délétères du stress prénatal …

À la mise-bas, le comportement maternel est moins prononcé chez les brebis stressées. Les jeunes agneaux issus de ces brebis stressées sont plus craintifs, perçoivent de manière plus négative leur environnement, et présentent des déficits d’apprentissage. Ces effets sont plus prononcés chez les agneaux dont les mères ont un tempérament plus réactif. Un stress durant la gestation altère donc la réactivité comportementale des agneaux d’autant plus que la mère est réactive. Sur le plan neurobiologique, les agneaux des brebis stressées présentent plus d’épines dendritiques au niveau des neurones pyramidaux de l’hippocampe et du cortex préfrontal.

… atténués par un environnement d’élevage précoce enrichi

Les agneaux des brebis stressées ayant bénéficié d’un élevage en conditions enrichies après sevrage sont moins craintifs face à un homme ou un objet inconnu que ceux élevés en conditions standards. L’altération induite par le stress prénatal peut donc être minimisée par un enrichissement des conditions d’élevage précoce. L’analyse histologique des cerveaux des agneaux sacrifiés à 4 mois montre que les agneaux issus des brebis stressées avant la mise bas,  mais élevés en milieu enrichi présentent une densité d’épines dendritiques similaires à celle observée sur des agneaux de mères non stressées durant leur gestation. Ces modifications neurologiques induites par un stress prénatal semblent correspondre à un mécanisme d'adaptation pour permettre aux jeunes animaux de s’adapter à un environnement difficile.

Lorsque les conditions pouvant stresser les femelles gestantes ne peuvent être totalement éliminées, l'enrichissement de l'environnement d'élevage des jeunes agneaux est une procédure simple et facile à mettre en œuvre en élevage pour contribuer à atténuer les conséquences d’un stress prénatal. Cette procédure reste encore à affiner (nature, durée) afin d’optimiser les conditions de bien-être des jeunes animaux en élevage.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Auvergne - Rhône-Alpes

Références

Coulon M, Lévy F, Ravel C, Nowak R, Boissy A., 2014. Mild effects of gestational stress and social reactivity on the onset of mother-young interactions and bonding in sheep. Stress. 17(6): 460-70.

Depiets B, Coulon M, Andanson S, Bes S, Chaillou E, Lévy F, Nowak R, Boissy A., 2014. Prenatal stress modifies the dendritic spine density in hippocampus and prefrontal cortex of lambs at birth whereas the genes expression in dendritic morphology and synaptic transmission is not altered. Proceedings of FENS 2014, 1366.