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Comportements conscients ou automatiques chez le cheval?

L’objectif de cette étude était de distinguer les comportements « dirigés vers un objectif » par rapport aux comportements « automatiques » chez le cheval puis de déterminer si en fonction de leur personnalité, certains chevaux pouvaient être prédisposés à l’un ou l’autre des comportements.

Des processus conscients chez le cheval ?. © Morgane Vallé, Morgane Vallé - Photographe
Par Sylvie André
Mis à jour le 11/10/2017
Publié le 11/10/2017

L’étude des capacités cognitives des animaux d’élevage revêt un enjeu à la fois scientifique et sociétal. En savoir plus sur la façon dont les animaux comprennent leur environnement et s’ils agissent en conséquence de façon consciente, peut aider à modifier la façon dont on les élève et changer le regard que l’on porte sur les animaux.
Cette étude, financée par l’Institut Français du Cheval et de l’Équitation, portait sur les capacités cognitives du cheval, et en particulier sur les comportements « dirigés vers un objectif » par rapport aux comportements « automatiques ». Chez l’homme, ces comportements sont qualifiés de conscients (par rapport à d’autres qualifiés d’inconscients). Dans le premier cas, le sujet agit en se représentant consciemment les conséquences de ses actes. Dans le second cas, il agit de façon automatique, sans avoir conscience de ce qu’il fait. L’objectif était de tester la possibilité de distinguer ces deux types de processus chez le cheval. Puis, en se plaçant non plus à l’échelle de l’espèce mais à celle de l’individu, de déterminer si en fonction de leur personnalité, certains chevaux pouvaient être prédisposés à l’un ou l’autre des processus.

Quand le cheval a conscience de ses actes

Sur la base de protocoles d’apprentissage instrumentaux* spécifiques, appelés « dégradation de contingence »**, 29 juments de race Welsh ont appris à toucher un objet avec leur nez pour obtenir une récompense. C’est l’étape d’acquisition.
Lors d’une première phase dite de contingence positive, la récompense est donnée seulement s’ils touchent l’objet. L’entrainement se fait avec deux objets bien distincts associés également à des récompenses distinctes (granulés ou avoine) distribuées en quantités importantes.
Dans une deuxième phase, la contingence est dégradée pour l’un des deux objets : la récompense qui lui est spécifiquement associée est distribuée, qu’il touche l’objet ou non.
Dans une dernière phase dite « d’extinction », les animaux n’obtiennent jamais de  récompense, même s’ils touchent l’un ou l’autre des objets. Le taux de « toucher » de tous les chevaux est évalué pendant ces différentes phases.
Les résultats montrent que les chevaux sont globalement sensibles à la dégradation de contingence entre leur action et la récompense ; Ils ont significativement diminué le nombre de fois où ils touchaient l’objet associé à la contingence dégradée, comparativement à l’objet associé à la contingence non dégradée.
Les chevaux se font donc une représentation mentale précise des conséquences de leurs actes. Ces résultats démontrent, pour la première fois chez un animal d’élevage, l’existence de ces processus dirigés vers un but, qualifiés de conscients chez l’homme.

L’émotivité a aussi du bon

Néanmoins, il existe une variabilité individuelle des taux de toucher, lorsque la contingence est dégradée. Les différences de réponses peuvent être reliées à des profils de personnalité*** spécifiques. Les chevaux les plus émotifs affichent un taux de toucher plus élevé de l'objet associé à la contingence dégradée, suggérant une prédisposition à développer plus facilement des comportements de type « habitude ». En d’autres termes, les chevaux les plus émotifs ont tendance à automatiser plus rapidement leur comportement. Ce résultat peut être discuté en termes d’avantages adaptatifs pour l’espèce, mais également en termes d’application. En effet, les chevaux sont élevés avant tout pour être dressés pour l’équitation. Or, les chevaux qui développent plus rapidement des automatismes répondraient aux ordres plus rapidement, sans même que l’on ait besoin d’utiliser de renforcements (récompenses). Dans le cadre d’une sélection génétique sur la personnalité, ces résultats incitent à préserver le caractère émotif des chevaux, même si les chevaux émotifs peuvent parfois être plus difficiles à monter.

L’étude des processus conscients chez le cheval va être poursuivie en utilisant de nouvelles procédures expérimentales encore jamais testées sur cette espèce, telles que les procédures de métacognition****.

La question de l’existence de processus conscients chez l’animal est une question d’intérêt pour l’INRA et l’EFSA, qui ont commandité une expertise sur le thème «conscience animale». Les résultats de cette étude sur le cheval ont été présentés lors de la restitution de l’expertise organisée à Paris en mai 2017. Ce travail a également été largement diffusé auprès de la filière équine au travers de colloques, ou d’articles grand public puisqu’il permet de mieux comprendre les comportements des chevaux, et de mieux cerner les personnalités à sélectionner en fonction de la destinée du cheval (compétition , équitation loisirs…).

*L’apprentissage instrumental : Un apprentissage instrumental consiste à apprendre à un individu à réaliser une action (ex. toucher un objet) afin d’éviter des renforcements négatifs(ex. une stimulation inconfortable) et / ou obtenir un renforcement positif(ex. récompense alimentaire). Il s’agit d’une forme d’apprentissage largement répandue dans le cadre de  l’éducation et du dressage des chevaux.

**La dégradation de contingence apparait lorsque, après un apprentissage, le lien de causalité entre l’action (ex. toucher un objet) et la conséquence de cette action (obtenir une récompense) est rompu. C’est notamment le cas lorsque la récompense est donnée « gratuitement », indépendamment de toute action de la part de l’animal.

***Les cinq dimensions de la personnalité (ou tempérament) : Le tempérament des chevaux peut se décrire selon cinq axes, appelés également dimensions : la peur, la grégarité, la réactivité à l’Homme, l’activité locomotrice et la sensibilité sensorielle (tactile et auditive). Le tempérament se caractérise grâce à des tests mis au point dans notre laboratoire, puis testés sur plusieurs centaines de chevaux, et aujourd’hui utilisés sur le terrain.

****La  métacognition est définie comme la  « cognition sur la cognition ». C’est la capacité d’évaluer et de contrôler ses propres processus cognitifs (« je sais que je sais »). 

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire

Références

Lansade et al. 2017 Personality and predisposition to form habit behaviours during instrumental conditioning in horses (Equus caballus). PLoS ONE 12(2):e0171010.