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L’ACV territoriale spatialisée : un gain de précision pour les évaluations multicritères

La méthode d'Analyse du Cycle de Vie territoriale spatialisée (ACVTS) permet de déterminer les impacts environnementaux des processus et des activités à l’échelle d’un territoire agricole, en prenant en compte différents paramètres d’hétérogénéité : variations biophysiques du milieu, répartition des activités et flux de matières dans ce territoire.

Prolifération et accumulation d’algues vertes du genre Ulva appelées communément « laitue de mer » sur la plage de Saint-Michel en Grève (côte d'Armor) liées à l'eutrophisation du milieu marin.. © Inra, LE BASTARD Rémi
Par Sylvie André
Mis à jour le 31/01/2017
Publié le 30/01/2017

Comme toute activité humaine, l’agriculture a des impacts environnementaux, Certains de ces impacts sont à une échelle locale, comme l’eutrophisation des eaux, d’autres à une échelle globale, comme le changement climatique. Dans un objectif d’aide à la décision ou de soutien aux politiques publiques destinées à la protection des ressources naturelles, il est nécessaire de prendre en compte une échelle spatiale adaptée pour évaluer l’impact de l’agriculture sur l’environnement.

L’analyse du cycle de vie (ACV) est identifiée comme une méthode d’évaluation multicritère pertinente pour apprécier les impacts environnementaux d’activités à l’échelle d’un territoire. Cependant, l’ACV classique est une méthode globale qui ne prend pas en compte la variabilité des caractéristiques biophysiques du milieu (ex : type de sol, pente, climat), ni la répartition des activités et des flux de matières sur le territoire dans ses étapes de calcul des émissions et des impacts. L’ACVTS permet de déterminer la répartition spatiale du niveau des impacts environnementaux d’une activité donnée, à l’intérieur du territoire considéré.

Un cadre méthodologique défini

Les travaux réalisés à l’UMR SAS ont permis de mettre au point un cadre méthodologique de l’analyse du cycle de vie territoriale spatialisée (ACVTS ; thèse de Laure Nitschelm). Ce cadre intègre la spatialisation dans les  différentes étapes de l’ACV pour réaliser un bilan environnemental d’un territoire. L’ACVTS comprend 6 étapes : (1) définir les objectifs de l’étude ainsi que la (ou les) fonction(s) et frontière(s) du territoire ; (2a) mettre en place une typologie des activités humaines basée sur le type de production (ex : fermes laitières ou de grandes cultures) ; (2b) définir une typologie des espaces « homogènes » pour les émissions (ex : type de sol et climat pour les émissions d’azote) et pour les impacts (ex : baie ou rivière dans le cas de l’eutrophisation) ; (3) réaliser un inventaire du cycle de vie (ICV) spatialisé pour chaque type d’activités sur chaque type d’espace « homogène » ; (4) déterminer les impacts (AICV) spatialisés à partir de l’inventaire réalisé précédemment ; (5) représenter les résultats obtenus à l’aide de graphiques ou de cartes en incluant les impacts à l’intérieur et hors du territoire et (6) analyser les résultats obtenus.

Une application réussie sur un territoire littoral soumis à l’eutrophisation

L’ACVTS a été appliquée au territoire de la Lieue de Grève, situé à l’ouest des Côtes d’Armor en Bretagne. La principale problématique de ce territoire est l’eutrophisation marine (marées vertes), phénomène localisé exclusivement dans la baie en aval du territoire. Dans un premier temps, les émissions azotées ont été calculées en intégrant la variabilité spatiale du territoire c’est-à-dire en tenant compte des caractéristiques biophysiques du milieu (étape ICV). Dans un deuxième temps, une méthode de caractérisation régionalisée de l’eutrophisation d’eau douce et d’eau marine (étape AICV) a été mise en place, intégrant à la fois le devenir des polluants au sein du territoire et la sensibilité du milieu récepteur à l’impact potentiel. Cette application a montré que la régionalisation de la méthode de caractérisation pour l’eutrophisation permet une évaluation plus proche des impacts réels que celle obtenue avec une ACV classique.

Cartographie des résultats d'eutrophisation (exprimé en kg PO43- eq./ha) à l'échelle de la ferme. © Inra, Laure Nitschelm
Cartographie des résultats d'eutrophisation (exprimé en kg PO43- eq./ha) à l'échelle de la ferme © Inra, Laure Nitschelm

Ce gain de précision est permis grâce à la sensibilité de la méthode à la variabilité spatiale des couples « système de production / type de sol ». L’ACVTS est donc particulièrement adaptée à l’évaluation des impacts environnementaux des activités agricoles, pour lesquelles  l’activité humaine et environnement sont étroitement liés. Néanmoins, elle est gourmande en temps, en données et en expertise, ce qui nécessite de bien définir son adéquation au questionnement de l’étude.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie

Références

 Nitschelm L, Aubin J, Corson MS, Viaud V, Walter C (2015) Spatial differentiation in Life Cycle Assessment LCA applied to an agricultural territory: current practices and method development Journal of Cleaner Production, Volume 112, Part 4, 20 January 2016, Pages 2472-2484

Avadi, A.; Nitschelm, L.; Corson, M.; Vertes, F. 2016. Data strategy for environmental assessment of agricultural regions via LCA: case study of a French catchment. International Journal of Life Cycle Assessment. 21 (4), 476-491 10.1007/s11367-016-1036-6

Cette étude a été réalisée dans le cadre de la thèse de Laure Nitschelm soutenue par le département Phase